1. Une œuvre double, inséparable
La boîte « Li, sur un air du Japon » est l’écrin indivisible de son contenu : le recueil de haïkus et tanka. Pièce de mosaïque unique sur support MDF, elle accompagne l’œuvre de l’esprit, tout en étant l’aboutissement concret d’un travail minutieux et patient. Chaque tesselle, choisie et posée avec soin, participe à un dialogue silencieux entre la matière et l’imaginaire.
2. Héritage du premier ouvrage
Ce recueil, dans l’esprit du Yi King, traverse les influences taoïste, bouddhiste et shintoïste et tisse, au fil des saisons, une histoire d’amour symbolique entre deux fleurs : le Camélia, enraciné et vibrant de bas en haut, et le Sakura, suspendu et aérien, vibrant du haut vers le cœur. La boîte, comme œuvre-coquille, reflète la progression de cette narration : elle renferme, protège et révèle.
3.De fragments en fragments sous la forge des temps… La boîte « Li » est un écrin minuscule et précieux, tout en rondeur, qui tient dans une belle paume, comme un secret confié. Son intérieur se tapisse d’un bleu profond, brillant, presque phosphorescent — comme une nuit vibrante. On pourrait y voir les eaux originelles où, selon la légende shintoïste, Izanagi et Izanami agitèrent leur hallebarde pour faire surgir les îles de l’archipel nommé Japon. Ce bleu devient alors matrice, mer première, promesse d’émergence. À l’extérieur, les tesselles tracent un paysage mouvant : jaunes lumineux, sillons serpentins, éclats de miroir et reflets quetsche s’enroulent autour d’un axe scintillant. On croit deviner des fleurs, des vagues, des chemins de pollen ou de lumière. Ici, la rigueur de l’opus rencontre l’aléa des coupes irrégulières, comme si l’ordre et le désordre s’étaient accordés dans un même souffle.
4. Une traversée guidée par les éléments
La boîte invite à un voyage sensoriel et symbolique. Tout comme le recueil qui l’accompagne par la précision des joints réguliers et la diversité des opus (tessellatum, vermiculatum et mosaïque romaine) qui révèlent le savoir-faire de l’artisan, mariant rigueur et liberté, le mouvement de l’ensemble raconte la progression des saisons et le dialogue subtil entre l’ancrage et la légèreté. Ces fragments concourent à une harmonie subtile, où le regard et le geste de l’observateur permettront à l’œuvre de devenir ainsi matrice et miroir, reliant le monde tangible à l’univers poétique et abstractif : La lumière, la couleur et le mouvement du matériau invitant à la contemplation, à l’alignement et à la réflexion intérieure.
5. Horizon suspendu En son couvercle, comme par ses sertis de carrées en bordure soigneusement découpés dans des tesselles aux couleurs tendres du noisetier, la boîte scelle l’union de l’intime et de l’universel, témoin de la tradition et du soin patient de l’artisan. Une simple et ronde gemme de lapis-lazuli, discrète, au centre du couvercle, semble convoquer la profondeur des cieux étoilés comme celle des profondeurs océanes, tapissant l’antre de la boite. On pourrait y lire, peut-être comme un écho taoïste révélant l’équilibre des flux, la circulation d’un souffle. Ou encore comme une respiration profonde en Om bouddhiste : l’éphémère accueilli dans l’éternité. Chacun est libre d’y projeter ses propres paysages : passage des saisons, fleurs qui se croisent et se délaissent, éléments qui se répondent.
« Li » devient ainsi une méditation, un objet sacré et moderne à la fois, qui n’impose rien mais ouvre des horizons. Pour ma part , en temps que sa créatrice, répondant aux inspirations de l’instant, j’aimerais y voir, au travers de sa concavité, des sillons, des vagues et des serpentins, comme carapace de tortue marbrée, où quelques vieux sages sauraient y lire comme un chemin tracé; une voie ; un « Do ». Ainsi, dans les fragments littéraires, comme dans les fragments sculptés du matériau et de l’émail, un chemin complexe qui nous guide vers notre propre destinée.

