Dans la collection « Temps2 Thé« , certaines pièces dépassent la simple fonction pour devenir récit.
« Tao » appartient à cette lignée : un tableau mosaïque de 21 × 21 cm, conçu comme une méditation visuelle, une traversée en quatre mouvements — l’Œil, l’Envol, l’Expansion, l’Accomplissement.
L’œil comme cœur de fleur
Au centre, une fleur de lotus, composée d‘éclats blancs, jaunes, en fragment de tesselles à la coupe aléatoire, s’épanouit comme clarté pointant, soulignée d’ un arc aux carrés réguliers noir mat de grès antique, réhaussé d’un sourcil en miroir , le tout évoquant la paupière mi-close d’un œil rêveur, mais aussi le mouvement fluide d’une eau sombre ou d’un ciel obscur renvoyant vers l’image de l’infini cosmos.

Peu à peu, ce centre lumineux se métamorphose : dans l’élan des tesselles, cernées, encadrées de trait esquissé en miroir qui accrochent la lumière comme autant d’éclats d’étoiles. , apparaissent des ailes, une tête, une queue — un oiseau prend son envol.
L’envol : La fleur devient l’oiseau

L’expansion : entre cadre et horizon fluide
L’image s’élargit encore, chaque flux s’étend vers les bords comme une onde gagnant tout l’espace.

L’accomplissement : savoir et vision
Enfin, l’œuvre s’achève, bordée d’émaux de Briare noirs brillants. L’ensemble vibre entre profondeur mate et éclats scintillants, entre obscurité et clarté, dans un mouvement fluide et résonnant.
Cette mosaïque dialogue avec les arts ancestraux :
- Les émaux de Briare, héritiers de la tradition française, apportent éclat et intensité.
- Le grès antique noir mat, brut et profond, inscrit l’œuvre dans une mémoire archaïque, presque rituelle au champ visuel qui de tout bord s’étend, semble-t-il vers l’infini.
- Les tesselles de miroir, soulignant les mouvements, insufflent des lueurs fugitives, ricochet révélant la, les présences , dans une dimension nouvelle, fraiche et moderne.
- Le patient travail du joint, fin et régulier, souligne chaque fragment sans jamais figer le mouvement.
Comme dans l’opus tessellatum et l’opus vermiculatum antiques, rigueur et liberté s’y conjuguent : géométrie des bordures, fluidité du mouvement intérieur.
Symbolique et résonances
Le tableau « Tao » n’est pas qu’une composition « plastique » : il s’enracine dans un champ symbolique multiple.
- Yi King : le cheminement de la fleur à l’oiseau évoque les mutations, l’impermanence, le passage d’un état à l’autre.
- Bouddhisme et taoïsme : l’œil, à la fois fermé et ouvert tourné vers l’infini, devient porte vers la méditation, vers la vision intérieure.
- Shintoïsme : l’oiseau, messager et kami, s’élève au-dessus du monde visible.
- Cinq éléments de la médecine chinoise : eau, bois, feu, terre et métal trouvent un écho dans les matières et couleurs, inscrivant l’œuvre dans le cycle des transformations.
Un tableau comme un poème
À l’instar des haïkus et tankas de Li, sur un air du Japon, ce tableau condense l’intime dans l’infime. Chaque tesselle est un mot, chaque joint une respiration. « Tao » propose un chemin de contemplation : la fleur qui éclot, l’œil qui veille, l’oiseau qui s’élance, l’espace qui s’ouvre, l’accomplissement qui borde et protège.
Œuvre d’exposition, « Tao » est à la fois matière, symbole et silence. Il invite à voir, à se souvenir, à projeter ses propres mythes. Comme une méditation figée dans le minéral, il traverse le temps et relie le spectateur aux gestes anciens, aux récits immémoriaux, et à la vibration contemporaine d’un art vivant.

